La courbe du canard est la forme que prend la charge nette sur tout marché où le solaire pèse lourd sur le réseau : un creux marqué en milieu de journée, quand la production solaire inonde le système, puis une montée brutale le soir, quand le soleil se couche au moment même où la demande atteint son pic. Elle a été analysée pour la première fois par le NREL en 2008 et rendue célèbre par le graphique publié en 2013 par le CAISO, le gestionnaire du réseau californien. Elle s'est creusée chaque année depuis. En 2026, plusieurs réseaux ne dessinent plus un canard, mais un canyon.
La réponse est bien connue : installer un système de stockage d’énergie par batterie (BESS) à proximité de l’installation solaire. Ce qui est moins bien compris, et ce qui détermine si ce BESS est rentable, c’est le moment où il se recharge et celui où il se décharge. Il s’agit là d’une question de prévision solaire avant même d’être une question de matériel, et c’est là l’objet de cet article : la valeur d’une batterie dépend de la qualité des prévisions qui la pilotent. Plus les prévisions sont précises, plus la même batterie peut réellement aplatir la courbe du canard.
Points clés à retenir de cet article
- La courbe du canard s'est creusée pour devenir une courbe du canyon : la forte pénétration du solaire crée un creux profond à midi suivi d'une rampe brutale le soir, et le phénomène s'aggrave en Californie, en Allemagne, en Inde et en Australie.
- Un système BESS associé à une installation solaire est la réponse structurelle : il se charge sur l'excédent de midi et se décharge sur la pointe du soir pour aplatir la courbe.
- La précision de la distribution est plus importante que la capacité installée : sur les principaux marchés, les pertes par écrêtement ont continué d'augmenter alors même que le stockage se déployait.
- Les prévisions solaires déterminent la répartition de la production, les prévisions à un jour servant à définir le plan et les prévisions à court terme sur site permettant de l'ajuster au fur et à mesure que la journée avance.
La courbe du canard en bref : des variations de la charge nette allant jusqu'à 24 GW en 8 heures en Californie au printemps 2025, du stockage par batterie associé à près de 40 % des nouvelles demandes de raccordement solaire en 2024-2025, contre 13 % en 2023, 457 heures de prix négatifs de l'électricité en Allemagne en 2024, et des ajouts mondiaux de stockage par batterie en hausse de 53% en 2024.
Qu'est-ce que la « courbe du canard » ?
Une représentation graphique de la production solaire au fil de la journée

La charge nette correspond à la demande totale d'électricité moins la production qui ne peut être régulée, essentiellement l'éolien et le solaire. Représentée sur une période de vingt-quatre heures dans un réseau à forte présence solaire, elle forme la courbe en « canard ». Au cours de la matinée, la production solaire des installations commerciales et des parcs solaires à grande échelle augmente progressivement et la charge nette chute brusquement, formant ainsi la partie plate de la courbe. À midi, sur les marchés les plus profonds, l’énergie solaire peut carrément dépasser la demande. Lorsque la production s’effondre au coucher du soleil alors que la demande du soir augmente, la charge nette grimpe en flèche et forme le « cou », c’est-à-dire la remontée du soir.
Les gestionnaires de réseau doivent compenser cette variation avec tout ce qui peut être mobilisé, gaz, nucléaire, thermique, hydroélectrique ou stockage, dans un délai très court et en constante évolution. Plus l'amplitude quotidienne est importante, plus cela s'avère difficile. Une surproduction à midi oblige à limiter la production solaire ou fait basculer les prix en territoire négatif. La courbe de demande en fin de journée met à rude épreuve les centrales conventionnelles, fait grimper les coûts et augmente le risque de pénurie. C’est pourquoi les fournisseurs d’énergie considèrent la « courbe du canard » comme une contrainte de planification plutôt que comme une simple curiosité.
Du canard au canyon : ce que révèlent les données de 2025 et 2026

La Californie illustre bien cette évolution. Au printemps 2025, des fluctuations de charge nette pouvant atteindre 24 GW en huit heures ont été enregistrées, avec des creux en milieu de journée descendant jusqu’à environ 8 GW. L’analyse des données du CAISO réalisée par FactSet montre que la montée en puissance en soirée a été réduite de près de 50 % grâce à l’activité des batteries, et que le stockage a été associé à près de 40 % de nouvelles demandes de raccordement solaire en 2024 et 2025, contre 13 % en 2023. Le parc de batteries du CAISO a atteint 11,6 GW début 2025.
Cette tendance n'est pas propre à la Californie. L'Allemagne a enregistré 457 heures de prix négatifs de l'électricité en 2024. L'Inde a réduit la production d'énergie solaire d'environ 2,3 TWh entre mai et décembre 2025. À l'échelle mondiale, les capacités de stockage par batterie ont augmenté de 53 % en 2024, pour atteindre 205 GWh installés.
L'Europe montre le même mécanisme, et il a désormais été mesuré. KfW Research a étudié un panel de zones de marché européennes entre 2023 et 2025 et a estimé l'effet d'un mégawatt supplémentaire de batterie à l'échelle du réseau, par gigawatt de charge de pointe, sur les prix horaires day-ahead. Les prix de midi montent de 0,14 EUR/MWh. Les prix du soir baissent de 0,38 EUR/MWh. L'écart entre les deux se resserre donc de 0,52 EUR/MWh. Appliqué à la croissance du parc allemand de batteries à l'échelle du réseau sur ces trois années, cela représente un écart journalier inférieur d'environ 17 à 19 % à ce qu'il aurait été autrement, et des prix horaires environ 16 % moins dispersés sur la journée. Le stockage derrière le compteur, chargé pour l'autoconsommation et rarement offert sur le marché day-ahead, ne montre aucun effet de ce type.
L'Australie illustre bien où mène cette voie. Sur le marché de la Nouvelle-Galles du Sud, le pic médian des prix en soirée au deuxième trimestre a chuté d'environ deux tiers depuis 2023, à mesure que les batteries ont commencé à prendre le relais en soirée, selon les données de l'AEMO compilées par Modo Energy.

Le chiffre à retenir est le suivant : sur les principaux marchés, les pertes liées aux restrictions de production ont continué d'augmenter malgré la croissance du déploiement des batteries. La capacité à elle seule n'a pas suffi à enrayer ces pertes.
Pourquoi le BESS est la solution structurelle au problème de la « courbe du canard », et pourquoi la capacité seule ne suffit pas

Un système de stockage d'énergie par batterie installé à proximité d'une centrale photovoltaïque permet de corriger mécaniquement la « courbe du canard ». Il se recharge grâce à l'excédent produit en milieu de journée et se décharge pendant la montée en puissance du soir, ce qui aplatit le « ventre » de la courbe tout en raccourcissant son « cou ». Une étude publiée dans la revue *Energies* montre qu’avec une stratégie adéquate de numérisation et de gestion de la production, le stockage peut soutenir une pénétration de 40 à 50 % des énergies renouvelables variables avec une modernisation minimale des infrastructures existantes.
Le « mais » de cette phrase est justement le cœur du sujet. Toutes les stratégies de gestion de la production ne donnent pas les mêmes résultats. Une étude publiée dans la revue *Applied Sciences*, s’appuyant sur un cas réel de parc photovoltaïque à grande échelle associé à un système de stockage dans l’État du Minas Gerais, a testé trois stratégies de gestion intrajournalière de la production sur le même parc. La compensation dérivée de la charge, qui minimise le taux de variation horaire de la charge nette plutôt que de l'aplanir pour obtenir une moyenne, a permis d'obtenir la plus forte réduction de l'amplitude des variations. Même batterie, même capacité, même état de charge, résultat sensiblement différent.
Sur le plan commercial, cette différence correspond à celle qui sépare une batterie qui subit des pénalités de déviation de celle qui en génère. Ce qui distingue les deux, c'est de savoir à l'avance quand la variation aura lieu et quelle sera son amplitude.
Les prévisions déterminent la planification : pourquoi de meilleures prévisions augmentent la valeur d'un système BESS
Les prévisions solaires ne constituent pas un produit unique, mais trois horizons distincts, qui ne sont pas interchangeables.
Déterminer la taille du BESS : l'ensoleillement du site
Avant tout pilotage, la batterie doit être correctement dimensionnée, et cela dépend du climat solaire local plutôt que d'une moyenne régionale. CalibSun FUTURE combine dix ans d'historique satellite corrigé et une campagne de mesure sur site pour produire des données de site à 5 minutes et une année météorologique type bancable. Cela soutient le modèle de financement, et cela fixe les cycles de charge et de repos qui protègent la durée de vie de la batterie.
Day-Ahead : le plan
Les prévisions solaires à un jour s'appuient sur la prévision numérique du temps et sur l'historique de production de la centrale, analysé par apprentissage automatique, avec des projections sur 24 à 48 heures. Les opérateurs s’en servent pour proposer de la capacité sur les marchés à un jour, pour définir le niveau de charge cible avant la montée en puissance du soir, et pour déclarer le programme requis dans le cadre des mécanismes de règlement des écarts en Californie ou en Inde.
Une prévision à un jour permet de prépositionner la batterie. Elle ne peut pas faire plus que cela. L'état initial de tout modèle météorologique, c'est-à-dire la description de l'atmosphère au moment où la prévision commence, comporte des erreurs, et ces erreurs s'amplifient au fil de la journée.
Intraday : correction du plan

Les prévisions solaires à court terme permettent d'ajuster le plan au fur et à mesure que la journée avance. CalibSun NEXT assimile des mesures sur site en temps réel, avec l'imagerie satellite et la prévision numérique du temps. Mesuré sur un portefeuille européen d'IPP, il réduit l'erreur de prévision de 46 % à 5 minutes et de 33 % à 15 minutes par rapport au fournisseur satellitaire en place. Les opérateurs s'en servent pour ajuster la minute exacte où une charge ou une décharge commence, pour traverser un bref passage nuageux sans écrêter, et pour soumettre de nouvelles offres intraday quand la production dérive du programme.
En dessous de quinze minutes, les images satellites ne permettent plus de distinguer ce qui compte. CalibSun INSTANT couvre un horizon de temps allant de une à trente minutes grâce à l'observation directe du ciel, à l'aide de caméras au sol installées sur la centrale, au nombre de quatre par site et, dans l'idéal, de sept. Ce système détecte les ombres des nuages avant qu'elles n'atteignent le parc de panneaux, ce qui donne au système de gestion de l'énergie le temps nécessaire pour maintenir une charge, retarder une décharge ou relancer une offre avant que la production ne chute, plutôt qu'après.
CalibSun vous aide à gérer votre système de stockage d'énergie par batterie (BESS)
La « courbe du canard » n'est plus une curiosité propre à la Californie. Il s'agit désormais de la courbe de charge nette par défaut de tout Marché du photovoltaïque et du stockage où la part du solaire est importante, et où, dans plusieurs régions, elle a déjà creusé un véritable gouffre. Le stockage comble cette lacune sur le papier. La réduction effective des coupures de production, de l'exposition aux prix négatifs et du risque de déséquilibre dépend de la précision avec laquelle ce stockage est mobilisé.
Ces mêmes travaux mettent en évidence un autre aspect. L'impact du stockage sur les prix s'estompe à mesure que les parcs s'agrandissent : une étude publiée dans *Econometrica* et citée par la KfW estime que les 5 premiers GWh de capacité à l'échelle du réseau entraînent une baisse des prix de gros de 5,6 %, tandis que le doublement d'un parc existant, passant de 25 à 50 GWh, n'ajoute que 2,6 % supplémentaires. On commence par exploiter les gains les plus faciles à réaliser.
Il existe un principe contre-intuitif qu’il convient d’énoncer clairement. Plus le temps d’une batterie prend de la valeur, qu’il s’agisse de réserves, d’arbitrage ou d’un engagement ferme de livraison, plus il est coûteux de l’utiliser pour pallier une erreur de prévision. À mesure que les parcs s'agrandissent et que l'écart, autrefois facile à exploiter entre le milieu de journée et la soirée, se réduit, la marge d'erreur se rétrécit au lieu de s'élargir. La valeur d'une prévision précise augmente avec la capacité de stockage. Elle ne diminue pas.
La position de CalibSun : pour transformer la capacité des batteries en une atténuation réelle de la « courbe du canard », il faut disposer de données prévisionnelles dont la résolution correspond à celle de la rampe elle-même. Des prévisions probabilistes spécifiques à chaque site, calibrées à partir de capteurs sur site et mises à jour en cours de journée, permettent aux opérateurs de systèmes photovoltaïques couplés à un stockage de prépositionner l’état de charge, de limiter les pertes liées aux cycles de charge/décharge et de protéger leurs revenus tant contre les restrictions de production que contre les pénalités de déséquilibre. Classé premier parmi sept fournisseurs sur trente sites photovoltaïques lors d’un test comparatif à l’aveugle de trois mois mené par le client, un important producteur indépendant d’électricité allemand, CalibSun assure les prévisions de la plus grande centrale photovoltaïque au monde.
Foire aux questions
Un système de stockage d'énergie par batterie (BESS) permet-il d'éliminer la « courbe du canard » ?
Il l'aplatit, et sur des marchés comme la Californie et la Nouvelle-Galles du Sud, la pointe du soir a déjà fortement baissé. Ce qu'un BESS ne peut pas supprimer, c'est la variabilité qui survient plus vite qu'il ne peut être programmé. La forme journalière est prévisible un an à l'avance. Le nuage de 14 h 07 ne l'est pas, et c'est là que se décident l'écrêtement et les pénalités de déséquilibre.
Pourquoi la précision des prévisions influe-t-elle sur les revenus générés par une batterie ?
En effet, une batterie ne génère des revenus qu’au moment où elle entre en action, et c’est la prévision solaire qui détermine ce moment. Une prévision « day-ahead » définit le plan et le niveau de charge cible. Une prévision intrajournalière corrige ce plan au fur et à mesure que la journée avance. Une erreur sur l’un ou l’autre de ces horizons se paie soit par une réduction de la production d’énergie, soit par la perte d’un prix en fin de journée, soit par une pénalité d’écart. Même batterie, même capacité, revenus différents.
L'intérêt des prévisions diminue-t-il à mesure que les capacités de stockage augmentent ?
Elle augmente. À mesure que les parcs s'agrandissent, l'écart facile entre midi et le soir se comprime, la marge d'erreur se rétrécit au lieu de s'élargir, et chaque heure de batterie devient plus coûteuse à dépenser pour couvrir une erreur de prévision.
Références
Données récentes et analyses sectorielles
FactSet Insight, « Du canard au canyon : comment le profil de charge du CAISO a évolué » (août 2025)
Green Fuel Journal, « Le problème de la limitation de la production solaire : pourquoi l'énergie renouvelable est gaspillée en 2026 » (avril 2026)
PSC Consulting, « La courbe du canard se transforme en canyon »
KfW Research, Focus on Economics n° 555, « Le stockage par batterie, un levier de la transition énergétique : le stockage à grande échelle stabilise les prix de l'électricité » (19 août 2026)
Données sur les prix de régulation de l'AEMO pour la Nouvelle-Galles du Sud, compilées par Modo Energy (2026)
Recherche scientifique et technique
Applied Sciences (MDPI), « Stratégies de régulation intrajournalière des systèmes de stockage d'énergie par batterie pour lisser la courbe du canard : une étude de cas réel au Brésil » (septembre 2026)
Energies (MDPI), « Stratégies de réseaux intelligents pour faire face à la courbe du canard : numérisation, stockage d'énergie par batterie et gestion des effets de rebond » (juillet 2025)